Mis à jour en août 2026
La liste des pièces qu'un bailleur peut réclamer à un candidat locataire n'est pas indicative, elle est limitative. Si un document n'y figure pas, le demander est illégal, et l'amende va de 3 000 euros pour un particulier à 15 000 euros pour une agence. Beaucoup de propriétaires réclament pourtant un relevé bancaire ou une carte Vitale sans savoir qu'ils s'exposent à une sanction.
Voici la liste exacte, par catégorie et par statut, ce qui est interdit, et comment traiter la question des faux documents sans sortir du cadre légal.
Quels documents un propriétaire peut-il demander à un locataire ?
Le cadre repose sur deux textes : l'article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi ALUR, et le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 qui fixe la liste limitative. Ils s'appliquent à toutes les locations d'habitation soumises à la loi de 1989, vides comme meublées.
Le décret organise les justificatifs en quatre catégories. Le bailleur ne peut demander qu'un seul document par catégorie, à l'exception des ressources où plusieurs pièces sont admises.
| Catégorie | Exemples de pièces acceptées | Nombre |
|---|---|---|
| Identité | Carte nationale d'identité, passeport, permis de conduire, titre de séjour | Un seul document |
| Domicile actuel | Trois dernières quittances de loyer, attestation d'hébergement, dernier avis de taxe foncière | Un seul document |
| Activité professionnelle | Contrat de travail, attestation de l'employeur, carte d'étudiant, extrait Kbis | Un seul document |
| Ressources | Trois derniers bulletins de salaire, dernier ou avant-dernier avis d'imposition, attestation de bourse, justificatif de revenus fonciers | Plusieurs pièces admises |
En pratique, un salarié en CDI fournit six à huit pièces : une pièce d'identité, un justificatif de domicile, trois quittances de loyer, un contrat de travail, trois bulletins de salaire et un avis d'imposition. Si un garant se présente, ses documents s'ajoutent, dans les mêmes limites.
La liste officielle figure sur service-public.gouv.fr.
Quels documents sont interdits dans un dossier de location ?
C'est le point sur lequel la majorité des dossiers dérapent. L'interdiction est d'ordre public : elle ne peut pas être contournée, même avec l'accord apparent du candidat, et même si celui-ci fournit spontanément la pièce.
| Document interdit | Pourquoi |
|---|---|
| Relevé de compte bancaire | Relève de la vie privée et n'apporte aucune garantie de paiement |
| Attestation de bonne tenue de compte | Expressément visée par l'article 22-2 |
| Autorisation de prélèvement automatique | Le mode de paiement ne peut pas être imposé |
| Carte Vitale ou tout document de santé | Donnée sensible sans lien avec la solvabilité |
| Extrait de casier judiciaire | Sans rapport avec l'exécution d'un bail |
| Contrat de mariage, PACS, attestation de vie commune | Relève de la situation personnelle |
| Photographie d'identité | Risque discriminatoire |
| Dépôt de garantie encaissé avant la signature | Pratique financière abusive |
La sanction est une amende administrative de 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale. Le candidat peut signaler la pratique à la Direction départementale de la protection des populations, ou saisir le Défenseur des droits si la demande revêt un caractère discriminatoire.
Un point souvent ignoré côté bailleur : demander une pièce interdite n'est pas seulement risqué, c'est contre-productif. Un relevé bancaire ne prouve rien sur la capacité à payer un loyer dans douze mois, et il expose le propriétaire à une accusation de discrimination si le dossier est ensuite refusé.
Quelles pièces fournir selon votre statut ?
Les quatre catégories restent les mêmes, seuls les documents acceptables changent.
Salarié en CDI ou CDD. Contrat de travail ou attestation de l'employeur datant de moins de trois mois, trois derniers bulletins de salaire, dernier avis d'imposition. Pour un CDD, la durée restante du contrat compte davantage que le statut lui-même aux yeux de la plupart des bailleurs.
Étudiant. Carte d'étudiant ou certificat de scolarité, plus le justificatif de ressources : attestation de bourse, avis d'imposition des parents si le garant est parental, ou attestation Visale. Un étudiant sans revenus n'a pas à en inventer, c'est le garant qui porte la solvabilité.
Indépendant, freelance, auto-entrepreneur. Extrait Kbis de moins de trois mois ou avis de situation au répertoire SIRENE, deux derniers bilans ou avis d'imposition, et le cas échéant une attestation de l'expert-comptable. C'est le profil où la lisibilité du dossier compte le plus, un revenu irrégulier bien documenté passant mieux qu'un revenu élevé mal expliqué.
Retraité. Dernier avis d'imposition, titre de pension ou attestation de versement de la caisse de retraite.
Intermittent, saisonnier, en période d'essai. Les mêmes catégories s'appliquent, avec des justificatifs de ressources cumulés sur une période plus longue. La loi n'autorise pas le bailleur à exiger davantage de pièces au motif que le statut est atypique.
Quels documents le garant doit-il fournir ?
Les mêmes que le locataire, dans les mêmes quatre catégories, et pas davantage. Le bailleur ne peut pas demander plus de pièces au garant qu'il n'en est autorisé pour le candidat lui-même.
Deux règles de forme comptent autant que les pièces.
L'acte de cautionnement doit comporter des mentions manuscrites précises, et leur absence a déjà conduit à des annulations en justice. C'est le point sur lequel les cautionnements se cassent le plus souvent, bien avant la question de la solvabilité du garant.
Le cumul garant et assurance est encadré. Un bailleur ne peut pas exiger à la fois un cautionnement et une garantie loyers impayés, sauf si le locataire est étudiant ou apprenti. Le comparatif des deux dispositifs figure dans notre article sur la garantie loyers impayés, GLI ou Visale.
Faut-il gagner trois fois le montant du loyer ?
Non, aucun texte ne l'impose. La règle des trois fois le loyer est un usage de marché, pas une obligation légale, et un bailleur reste libre d'accepter un dossier à deux fois et demie comme de refuser un dossier à quatre fois.
Elle reste néanmoins le filtre dominant, pour une raison simple : les assureurs GLI la conditionnent. Un propriétaire qui souscrit une garantie loyers impayés doit respecter les critères d'éligibilité de son contrat, faute de quoi la garantie ne joue pas en cas de sinistre. Le ratio n'est donc pas imposé par la loi mais par l'assurance.
Deux conséquences pratiques. Côté locataire, un dossier légèrement en dessous du seuil passe beaucoup mieux avec un garant solide ou une attestation Visale, qui déplace le critère de solvabilité. Côté bailleur, refuser mécaniquement tout dossier sous trois fois le loyer revient à écarter des profils solvables, notamment des indépendants dont le revenu déclaré sous-estime la capacité réelle.
Comment constituer un dossier qui passe ?
Quatre principes, du plus au moins évident.
Anticipez. Sur un marché tendu, les biens partent en quelques heures et le premier dossier complet reçu l'emporte souvent sur le meilleur dossier arrivé deux jours plus tard. Constituez le vôtre avant de commencer les visites, en PDF unique et nommé.
Un seul fichier, dans l'ordre du décret. Identité, domicile, activité, ressources, puis les pièces du garant dans le même ordre. Un bailleur qui reçoit quarante dossiers traite en priorité celui qu'il peut lire sans chercher.
Utilisez DossierFacile. C'est une plateforme gratuite de l'État, sur dossierfacile.logement.gouv.fr, qui vérifie les pièces et délivre un dossier certifié avec un filigrane. Pour le bailleur, c'est un gage de vérification ; pour le locataire, c'est un argument de différenciation gratuit.
Ajoutez une page de présentation. Aucune obligation, mais sur un dossier atypique, indépendant, en reconversion ou en mobilité, quelques lignes qui expliquent la situation valent mieux qu'un bailleur qui suppose le pire.
Comment repérer un faux dossier de location ?
La fraude documentaire est un sujet réel : les estimations professionnelles situent la part de dossiers comportant au moins une pièce falsifiée entre 15 et 20 %. Côté bailleur, les vérifications légales existent, et elles n'exigent aucune pièce supplémentaire.
Le numéro fiscal et la référence de l'avis d'imposition se vérifient gratuitement sur le service en ligne de la Direction Générale des Finances Publiques. C'est le contrôle le plus efficace, puisqu'un avis d'imposition falsifié ne passe pas.
L'employeur peut être contacté pour confirmer l'existence du contrat, sans demander de détail sur la rémunération.
La cohérence interne du dossier est souvent révélatrice : un salaire net sur bulletin qui ne correspond pas au revenu fiscal de référence, des quittances de loyer sans numérotation, une police de caractères qui change au milieu d'un document.
Deux limites à connaître. Falsifier un document est un délit, mais cela n'autorise pas le bailleur à collecter des pièces hors liste pour se protéger : les deux règles coexistent. Et les données des candidats non retenus doivent être supprimées, la conservation indéfinie des dossiers reçus n'ayant aucune base légale.
Ce que le dossier révèle sur le marché local
Le nombre de pièces exigées et la sévérité des critères varient beaucoup moins selon les bailleurs que selon la tension du marché. Dans une commune où la demande dépasse largement l'offre, le ratio de trois fois le loyer devient un plancher et le garant quasi obligatoire. Dans une commune détendue, un dossier correct suffit.
Pour un investisseur, cette tension se mesure avant l'achat, et elle change le calcul de rentabilité : un bien situé dans une zone où les dossiers solides abondent se reloue en quelques jours, là où ailleurs la vacance locative grève le rendement. Les données DVF exploitées par Kazaki, issues des transactions réellement enregistrées par l'administration fiscale, permettent de situer un bien par rapport aux ventes signées du même quartier et d'apprécier le dynamisme réel du secteur.
Le Konseillé de Kazaki est un conseiller IA gratuit qui qualifie un projet immobilier en conversation. Décrivez-lui un bien et sa commune : il situe le prix par rapport aux transactions réelles et indique la tension locative du secteur.
Questions fréquentes sur le dossier de location
▶Un propriétaire peut-il demander un relevé bancaire ?
Non. Le relevé de compte figure explicitement parmi les documents interdits par l'article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989. Un bailleur qui l'exige s'expose à une amende de 3 000 euros s'il est particulier, 15 000 euros s'il s'agit d'une agence. Le candidat est en droit de refuser sans que ce refus puisse lui être opposé.
▶Combien de documents faut-il pour un dossier de location ?
Entre six et huit pièces pour un salarié en CDI : pièce d'identité, justificatif de domicile, trois dernières quittances de loyer, contrat de travail, trois derniers bulletins de salaire et dernier avis d'imposition. Les pièces du garant s'y ajoutent dans les mêmes catégories.
▶Faut-il gagner trois fois le loyer pour louer ?
Aucune loi ne l'impose. C'est un usage de marché, largement répandu parce que les assurances loyers impayés le posent comme condition d'éligibilité. Un bailleur qui ne souscrit pas de GLI reste libre d'accepter un dossier en dessous de ce seuil, notamment avec un garant ou une attestation Visale.
▶Le propriétaire peut-il refuser un dossier sans motif ?
Oui, le bailleur choisit librement son locataire, à une exception majeure près : le refus ne peut reposer sur un critère discriminatoire, origine, sexe, situation de famille, état de santé, âge ou orientation notamment. La discrimination au logement est un délit pénal, sanctionné bien plus lourdement que la demande de pièce interdite.
▶Qu'est-ce que DossierFacile ?
C'est un service gratuit de l'État qui permet à un candidat de constituer un dossier de location vérifié et certifié, partageable par lien. Les pièces sont contrôlées puis filigranées, ce qui rassure le bailleur sur leur authenticité et fait gagner du temps des deux côtés.
▶Les documents sont-ils les mêmes pour une location meublée ?
Oui, strictement. Le décret du 5 novembre 2015 s'applique à toutes les locations soumises à la loi de 1989, vides comme meublées, y compris le bail mobilité. Ce sont les mentions du contrat qui diffèrent, pas les pièces du dossier.
▶Combien de temps un bailleur peut-il conserver un dossier refusé ?
Les données personnelles des candidats non retenus doivent être supprimées une fois le logement loué. Les conserver sans base légale ni consentement expose le bailleur au titre du règlement général sur la protection des données. En pratique, supprimez les dossiers écartés dès la signature du bail.
À lire pour aller plus loin
- //Garantie loyers impayés en 2026 : GLI ou Visale, que choisir ?, les deux dispositifs qui remplacent ou complètent le garant
- //Bail meublé 2026 : mentions obligatoires, durée et clauses, ce que le contrat doit contenir après la sélection
- //Gérer sa location seul ou agence : comparatif chiffré 2026, qui traite les dossiers et assume le risque
- //Zone tendue et encadrement des loyers, la réglementation qui conditionne le loyer demandé
- //Louer avec un chien ou un chat : vos droits en 2026, une clause qui ne peut pas motiver un refus
Ce qu'il faut retenir
Quatre catégories, un document par catégorie sauf pour les ressources, et rien en dehors de la liste du décret. Cette règle unique résout la quasi-totalité des questions, dans les deux sens : elle dit au locataire ce qu'il peut refuser, et au bailleur ce qu'il peut réclamer sans risque.
Le reste relève de la préparation. Un dossier complet, ordonné dans un fichier unique et prêt avant la première visite fait gagner plus de logements que n'importe quel argument, parce que sur un marché tendu c'est la rapidité qui départage, pas la perfection.



